Écrit par : Samael Aun Weor   Catégorie : Traité de Psychologie Révolutionnaire

À l’époque involutive et décadente où nous vivons, penser profondément et avec une attention totale s’avère incongru.

Du centre intellectuel surgissent diverses pensées qui proviennent non pas d’un moi permanent comme le prétendent sottement les ignorants érudits, mais bien des différents moi en chacun de nous.

Lorsqu’un homme est en train de penser, il croit fermement que c’est en lui-même et par lui-même qu’il est en train de penser.

Le pauvre mammifère intellectuel ne veut pas se rendre compte que les multiples pensées qui traversent son esprit tirent leur origine des divers moi que nous portons au-dedans de nous.

Cela signifie que nous ne sommes pas de véritables individus pensants ; nous n’avons pas encore réellement de mental individuel.

Toutefois, chacun des différents moi que nous charrions au-dedans utilise notre centre intellectuel ; il l’utilise chaque fois qu’il le peut pour penser.

Il serait donc absurde de nous identifier à telle ou telle pensée négative et nuisible en croyant qu’elle nous appartient en propre.

Il est évident que telle ou telle pensée négative provient d’un certain moi qui, à un moment donné, a utilisé abusivement notre centre intellectuel.

Il y a toutes sortes de pensées négatives : suspicion, méfiance, mauvaise volonté envers une autre personne, jalousie passionnelle, jalousie religieuse, jalousie politique, jalousie des amis ou des parents, envie, luxure, vengeance, colère, orgueil, haine, cupidité, ressentiment, fraude, adultère, paresse gourmandise, etc., etc., etc.

Réellement, nous avons tellement de défauts psychologiques que même si nous avions un palais d’acier et mille langues pour parler nous n’arriverions pas à les énumérer tous complètement.

En guise de conséquence ou de corolaire à ce que nous venons de dire, il s’avère parfaitement ridicule de continuer à nous identifier avec les pensées négatives.

Étant donné qu’il est impossible qu’il existe un effet sans cause, nous affirmons solennellement qu’une pensée ne pourrait jamais exister par elle-même, par génération spontanée…

La relation entre penseur et pensée est ostensible ; chaque pensée négative a son origine dans un penseur différent.

En chacun de nous se trouvent autant de penseurs négatifs que de pensées du même genre.

Quand on envisage cette question depuis l’angle pluralisé de « penseurs et pensées », on voit que chacun des moi que nous charrions dans notre psychisme est à coup sûr un penseur différent.

Il y a incontestablement un très grand nombre de penseurs en nous ; toutefois, chacun d’eux, malgré qu’il ne représente qu’une partie, se prend pour le tout, à un moment donné…

Les mythomanes, les égotistes, les narcissiques, les paranoïaques, n’accepteraient jamais la thèse de la pluralité de penseurs, parce qu’ils s’aiment trop eux-mêmes ; ils se prennent pour le « papa de Tarzan » ou « la mère poule »…

Comment ces gens anormaux pourraient-ils accepter l’idée qu’ils ne possèdent pas un esprit individuel, génial, merveilleux ?…

Néanmoins, ces pédants ont d’eux-mêmes la meilleure opinion, et il leur arrive même de revêtir la tunique d’Aristipe pour faire montre de sagesse et d’humilité…

La légende des siècles nous raconte qu’Aristipe, voulant faire montre de sagesse et d’humilité, se vêtit d’une vieille tunique pleine de trous et de pièces ; prenant dans la main droite le Bâton de la Philosophie, il s’en fut par les rues d’Athènes…

On dit que lorsque Socrate le vit venir, il s’exclama d’une voix forte : « Oh Aristipe !, on voit ta vanité à travers les trous de ton vêtement ! »

Celui qui ne vit pas constamment en état d’alerte nouveauté, de perception alerte, en pensant qu’il est en train de penser, s’identifie très facilement avec n’importe quelle pensée négative.

Il résulte de ceci que le pouvoir sinistre du moi négatif, auteur de la pensée correspondante en question, se fortifie de façon déplorable.

Plus nous nous identifions à une pensée négative, plus nous serons esclaves du moi correspondant qui la caractérise.

Par rapport à la Gnose, au Chemin secret, au travail sur soi-même, nos propres tentations particulières se trouvent précisément dans les moi qui détestent la Gnose et le travail ésotérique, parce qu’ils n’ignorent pas que leur existence dans notre psychisme est mortellement menacée par la Gnose et par le travail.

Ces moi négatifs et querelleurs s’emparent facilement de certains rouages mentaux concentrés dans notre centre intellectuel et, conséquemment, ils proviennent des courants mentaux préjudiciables et nocifs.

Si nous acceptons ces pensées, ces moi négatifs qui, à un moment donné, contrôlent notre centre intellectuel, nous serons alors incapables de nous libérer de leurs résultats.

Jamais nous ne devons oublier que tout moi négatif s’autotrompe et qu’il trompe. Conclusion : il ment.

Chaque fois que nous ressentons une perte subite de force, quand le néophyte se sent déçu par la Gnose, par le travail ésotérique, quand il perd l’enthousiasme et abandonne le meilleur, il est évident qu’il a été abusé par quelque moi négatif.

Le moi négatif de l’adultère ruine les foyers et rend les enfants malheureux.

Le moi négatif de la jalousie trompe les êtres qui s’aiment et détruit leur bonheur.

Le moi négatif de l’orgueil mystique trompe les dévots sur le Chemin, et ceux-ci, se croyant sages, finissent par abhorrer leur Maitre et le trahir…

Le moi négatif fait appel à nos expériences personnelles, nos souvenirs, nos meilleures intentions, notre sincérité, et au moyen d’une rigoureuse sélection de tout cela, il présente n’importe quelle chose sous un faux jour, sous un aspect qui fascine, et alors vient l’échec…

Cependant, quand on découvre le moi en action, quand on a appris à vivre en état d’alerte, une telle supercherie devient impossible…

Ce chapitre est tiré du Traité de Psychologie Révolutionnaire (1974) par Samael Aun Weor.